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Aux
hommes et aux femmes qu’il photographie, Alain Moïse Arbib ne
demande rien d’autre que d’être les acteurs véritables de l’image,
de leur image. Avec sa complicité et le don de leur propre intériorité,
de modèles ils passent à devenir modeleurs de la matière, de l’épaisseur
même du temps. Le photographe, en accordant à ses alter ego un
long temps de pose - cette durée qui seule rend possible la contraction,
en un unique objet, d’une succession de fugacités - se borne à
laisser au temps le temps de s’abolir en se précipitant, en se
matérialisant (matière lumineuse ou lumière de l’immatériel, pas
moins matérielle cependant que toute autre écriture). Dans cette
série de portraits, Alain Moïse Arbib propose simplement à ses
proches d’exprimer la rencontre de deux émotions opposées : amour
et haine, joie et colère, blanc et noir, basse et aigu... Le résultat,
ce sont des visages où la dualité est matériellement, concrètement
unifiée ; des visages qui certes n’existent pas, des méta-visages
ou méta-têtes, métamorphoses du réel qui, justement parce qu’elles
sont issues du réel (aucun trucage ni retouche dans le travail
de Moïse) ne basculent pas dans l’ordre de l’irréel. C’est sans
doute parce que sa photographie est avant tout une photographie
physique, au sens grec, naturelle (et l’utilisation de la lumière
du jour en est une illustration) qu’elle peut, sans risquer de
tomber dans une glaciale et immatérielle abstraction, toucher
à la métaphysique. Car, comme l’écrit Moïse, qui ne dessine pas
qu’avec la lumière, «la matière émotionnelle ne se soucie ni du
temps, ni du lieu».
Aurelio Diaz-Ronda,
Toulouse, le 15 avril 2000
(extrait de Alain Moïse Arbib, auteur photographe)
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